Décembre 2019 - Citoyens de son Royaume (Jean 17, 15-16)

J'ai toujours eu le sentiment d'être un étranger. Mes parents étaient déjà des étrangers. Quand j'avais seulement trois ans, ma famille a déménagé dans une ville argentine, à 900 kilomètres de mon lieu de naissance, loin du reste de la grande famille, puis je suis parti avec mon épouse pour vivre en Espagne, puis en France. Bref, je n'ai pas le sentiment d'appartenir à un certain lieu, d'avoir des racines profondes (bien que j'aime ma chère Salta) ; c'est la vie. Pour cette raison, j'ai dû faire un grand effort d'adaptation pour comprendre la culture, la façon de travailler, les lois, la langue, les coutumes sociales ; cela n'a pas été facile, surtout quand les années passent et qu'elles emportent l'énergie et l'enthousiasme de la jeunesse. Cela me fait penser à notre identité de chrétiens. Notre façon de vivre et d'interagir avec ce monde en dit long sur notre conception de Dieu, son royaume et notre citoyenneté céleste. D'où sommes-nous ? Où allons-nous ?

Je trouve les paroles de Jésus toujours aussi percutantes lorsqu'il prie le Père pour nous, ses enfants bien-aimés (Jean 17,15-16) : « Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a détestés, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde. Je ne te demande pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde. Consacre-les par la vérité : c’est ta parole qui est la vérité. Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. » Nous sommes confrontés chaque jour à vivre dans un monde qui n’est pas le nôtre, mais c’est notre habitat. Nous risquons de basculer entre : vivre dans notre propre micro-monde, en créant une bulle de sécurité, même en termes religieux, limitant les échanges naturels avec notre environnement immédiat ou à l'opposé nous conformer aux habitudes, au vocabulaire, à l’éthique de ce monde au point que la spécificité de notre identité chrétienne passera complètement inaperçue (une sorte de mimétisme). Notre grand défi est de vivre guidés par la Parole de vérité parmi des gens qui en sont très éloignés.

Le titre du livre lauréat du Prix Goncourt 2019 de l'auteur toulousain Jean-Paul Dubois, "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" (aux éditions de L'Olivier) a attiré mon attention. Dans ce livre, l'auteur tente de décrire comment les hommes sont différents en termes d'expériences vécues. C'est une évidence, mais je pense que cela l'est encore plus pour les chrétiens : qu'est-ce qui nous rend différents ? Seules les expériences vécues, ou plutôt l'expérience incomparable de la NOUVELLE NAISSANCE ? Notre "génome spirituel" n'est pas terrestre et c'est en cela que nous sommes des étrangers. Mais le fait que nous soyons dans ce monde a un sens fonctionnel logique. Comment pouvons-nous concilier ces deux réalités ? Chercher la vérité de Dieu et la vivre ici et maintenant ; la connaissance de la volonté de Dieu est proportionnelle au temps que nous investissons dans la prière, la méditation de sa Parole, et la vie dans la communauté chrétienne. C’est le seul moyen de façonner notre cosmovision et de comprendre notre mission dans un monde auquel nous n'appartenons pas. Nous n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, afin de connaître les bienfaits que Dieu nous a donnés par sa grâce. (1 Cor 2, 12).

Nous, chrétiens, devrions vivre notre spiritualité de manière pratique, afin que le monde puisse faire la différence. Nous sommes appelés à témoigner de la transformation qui s'est produite dans nos vies grâce à l'œuvre du Christ. Une question que nous pouvons nous poser et qui peut nous aider à comprendre les implications concrètes de notre vie chrétienne ici et maintenant : est-ce qu'on m'a déjà dit "Tu n'es pas comme les autres, explique-moi pourquoi ?" Quelle occasion alors de manifester ma foi en Christ ! Notre voix est si pertinente dans les questions de société, telles que la famille, l'éducation des enfants, l'éthique de la procréation et de l'avortement, l'homosexualité, le sexisme, l'éthique du travail, le terrorisme, l'orientalisme, l'ésotérisme, asile, réfugiés, personnes déplacées, etc., (et tout cela justifié par notre comportement), tout simplement parce que nous sommes dans un monde qui a besoin de connaître les références chrétiennes de la vie, et surtout de la vie éternelle ! Nous sommes des étrangers, mais pas des étrangers indifférents.

J'ai beaucoup apprécié l'enseignement de Daniel Liechti sur ce sujet. L'église remplit sa mission lorsqu'elle se répand dans la ville (= "l'église dispersée"). Chaque croyant développe sa mission là où le Seigneur le place. L'église doit avoir une approche intentionnelle, tournée vers l’extérieur et valoriser l’interaction équilibrée entre "l’Église dispersée" et "l’Église rassemblée". Prions que Dieu nous donne la grâce de discerner quelle est notre place dans ce monde si perturbé, même si nous sommes des étrangers, citoyens de son Royaume.

 

« Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. »

P.E.

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